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13 décembre 2018

Pour les Morses, cela aurait pu paraître difficile de rendre hommage ou d’évoquer le souvenir de Denis Morand qui nous a quittés.

Comment honorer la mémoire de Denis, à travers un geste qui ait du sens, tout en restant simple et élégant ; un geste qui, en quelque sorte, facilite pour tous les membres du club le passage d’un passé avec ce moniteur à un futur sans.

Une plaque gravée commémorative, placée au pied de l’Ancre de Callelongue est le moyen trouvé pour faciliter ce passage. Elle témoigne aussi des liens de camaraderie qui nous unissaient.

« Il avait 63 ans et pouvait vivre encore 30 ans,

mais le destin cruel en a décidé autrement,

le fil de la vie s'est rompu désormais.

Depuis, nos sentiments sont attristés.

Sa mort nous laisse un goût amer,

et on a du mal à croire à son décès.

Mais personne ne pourra rien y faire,

il est parti à tout jamais. »

Cette plongée souvenir du samedi 9 mai 2018, invite - Jean-Claude, Luc et Frédéric à diriger leurs pensées vers Denis, décédé depuis presque trois mois.

La visibilité dans la calanque est pour ainsi dire nulle, Callelongue n’est pourtant pas un port normand baigné par la Manche.

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Après avoir fait une remontée contrôlée, depuis un fond de 18 mètres jusqu’à la surface, pour mieux s’orienter et relever un cap à l’aide de la boussole de Frédéric, nos trois plongeurs du souvenir redescendent en direction de l’Ancre après quelques minutes de palmage.

Ils aperçoivent enfin le bloc de béton et son anneau, repère incontournable pour trouver (ou retrouver) l’Ancre de Gégène avec une telle visibilité.

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Ils posent délicatement la plaque sur l’Ancre du Bout du monde, prennent quelques photos pour témoigner de ce moment de souvenir subaquatique, puis retour en direction du petit port de Callelongue.

Après 49 minutes de plongée et une profondeur de 24 mètres maximum, les voici de retour sur terre. 

 

« Mes amis morses, ne m’appelez pas en disant le Défunt.

Mes amis morses, continuez à m’appeler par le prénom que m’ont donné mes parents. Car en vérité la mort n’est pas une fin.

La mort est le début d’une vie éternelle,

un pays où ne restent que les plus beaux sentiments. »

Texte  : JC EUGENE & Frédéric ALLAIN

Photos : JC EUGENE, Luc TALASSINOS & Frédéric ALLAIN

En ce samedi 26 mai, branlebas de combat chez les morses du bout du monde.

Mise en place des palanquées des morses, qui seront sous l’eau et ceux qui seront sur le quai pour assurer la sécurité et récupérer les sacs de déchets ramenés par les plongeurs.

Jean Pierre et Marc équipés de caméra, ont eu pour mission de faire des images sur la chaine maire du port, son ancrage et les chaînes d’amarrage.

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Anne, Patrick, Didier, Henri, Frédéric et Jean-Claude, départ en ligne, du glacis de mise à l’eau, pour ramasser : boites, bouteilles plastiques, bouteilles en verre, canettes, bouteilles aluminium, accus, piles, filtres de cigarette, etc.

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Lucien et Bruno assurent la sécurité surface et la récupération des sacs de déchets ramenés par nos plongeurs.

Durant toute cette plongée nous avons ramassé quelques boîtes de jus de fruits, des bouteilles plastique, tuyaux, piles, ferrailles, boîites d’esques, beaucoup moins que les années précédentes.

Après 1 heure de plongée et une profondeur maximale de 16 mètres, nous voici de retour à notre base.

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Nous avons pris le pôt de l’amitié avec les participants à cette opération : des cabanoniers, les membres du CIQ de "Callelongue/Marseilleveyre" ainsi que les plaisanciers du cercle nautique de Callelongue.

ICGAUDIN LES3

Nous avons également eu droit  la visite du maire de Marseille: Mr Gaudin à la fin de la manifestation.

Cela faisait quelque temps que le compte à rebours avait commencé, mais ça y est, 21 avril, le grand jour est enfin arrivé. Lever à quatre heures du matin, dur, dur et direction Aéroport de Marseille-Provence pour 3 vols qui doivent nous amener Myriam, Nelson, Philippe et moi-même 24 heures plus tard agrémentées de huit heures de décalage horaire  à San José del Cabo, point de départ de notre périple en passant par Madrid et Dallas. Petite inquiétude à propos des bagages qui devaient être récupérés initialement à Dallas avant une modification effectuée à Madrid par American Airlines pour assurer le suivi jusqu’à notre destination finale. Une petite méfiance nous incita tout de même à vérifier le tapis à Dallas où les bagages de Philippe et Myriam avaient été débarqués, le mien et celui de Nelson ayant suivi d’après les autorités aéroportuaires. Nous n’avons vraiment été rassurés qu’à San José del Cabo où tous les bagages étaient bien présents.

Récupération de la voiture de location, une Chevrolet Aveo  (taille d’une Clio) dans laquelle, le loueur nous regarda ébahi charger les quatre sacs de plongée et bagages personnels et nous contorsionner pour réussir à nous installer dans le peu de place qui y restait. Heureusement, le trajet jusqu’à notre hôtel était court, une quinzaine de kilomètres. Le lendemain après une nuit réparatrice, direction Cabo San Lucas, première étape de notre circuit terrestre avant d’embarquer pour Socorro. Nous optons pour une petite balade en bateau pour aller voir l’Arco (arche), lieu touristique de la pointe sud de la basse Californie où les lions de mer ont établi leur villégiature, ils sont déjà très présents dans le port se prélassant sur les pontons et nageant entre les bateaux en quête d’un poisson distribué par un plaisancier.

  Arco1 Scoubidou LionDeMerCBSLucas

Dans l’après-midi, direction La Paz à environ deux heures de route (un peu moins avec Nelson au volant). Le lendemain matin, nous avons rendez-vous à 8h15 dans un club local de plongée pour une sortie combinée otaries, requins-baleines en PMT. Après une heure de navigation, mise à l’eau dans une eau relativement fraiche (environ une vingtaine de degrés) et PMT pendant une heure avec les otaries. Très joueuses, elles aiment même se faire caresser tel un chat sur un canapé. Il faut tout de même avoir un œil vigilant sur le male régnant sur la colonie qui par moment nous manifeste son mécontentement par des cris rauques et une mise à l’eau démonstrative.

OtarieMale Otaries1

Otaries2 Otaries3

Déjeuner à midi sur plage paradisiaque où nous sommes seuls et retour l’après-midi dans les environs de la Paz pour nager avec les requins-baleines.

La mer de Cortes est la mer où la densité de requins-baleines est la plus importante au monde. Dans le golfe de La Paz sont recensés 100 fois plus de requins-baleines qu’à Ari Atoll aux Maldives. Cela permet à chaque bateau de suivre son requin-baleine et d’éviter de les effrayer avec un attroupement trop important. Il ne faut pas longtemps au pilote pour en repérer un. Le scénario est ensuite réglé comme du papier à musique: mise à l’eau alternée par groupes de quatre et 3 fois 5 minutes par groupe pour nager en compagnie du prince de La Paz.

Requin baleine1 Requin baleine2

Requin baleine5 Requin baleine4

Le lendemain matin départ Pour Cabo Pulmo, une région isolée de la basse Californie. Toute la zone est dans un parc national terrestre et maritime. Le trajet est court mais assez sinueux et les dix derniers kilomètres se font sur une piste. Nous restons coincés pendant trois heures par un camion ensablé et tombé en panne en voulant faire demi-tour. Nous arrivons tout de même avec un peu de retard à notre ecolodge. Il est trop tard pour aller se balader dans l’arrière-pays domaine des cactus, aussi nous optons pour une balade en PMT. Cabo Pulmo est le seul endroit de la mer de Cortes où on peut trouver des récifs coralliens. Sous l’eau le spectacle est impressionnant, dans un mètre d’eau on peut y rencontrer toute la faune tropicale. Le soir à l’apéro sur le front de mer, nous aurons même la chance de voir sauter une baleine.

baleineABosses Pelican Cactus

Le lendemain après une petite balade terrestre où on pourra observer des pelicans en pêche, retour vers l’aéroport pour rendre notre voiture de location et effectuer notre transfert à Cabo San Lucas en récupérant au passage nos sacs de plongée laissés au premier hôtel.  

Après avoir réglé les différentes formalités administratives, départ en soirée vers l’archipel des îles Revillagigedo appelé communément Socorro. Cet archipel volcanique au sud de la basse Californie est composé de 4 îles:

  • Socorro, la plus importante (16,5 sur 11,5 km) culmine à 1130m et a donné son nom commun à l’archipel.
  • San Benedicto (4,8 sur 2,4 km) est la plus proche du continent (environ 400 km) sera le point d’arrivée de notre traversée de 26 heures vers 2 heures du matin.
  • Roca Partida, un rocher guère plus gros que nos moyades à environ 120 km de San Benedicto
  • Clarion un peu plus éloignée ne fait pas partie pour l’instant du parc national constitué uniquement des 3 premières îles  et ne fera pas partie de notre croisière.

Revillagigedo SanBenedicto

Les quatre îles inhabitées à l’exception de Socorro occupée par une cinquantaine de militaires sont inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2016.

Le premier jour est relativement venteux et nous plongerons sur un site abrité appelé le Canyon où nous effectuerons quatre plongées. Visibilité moyenne, nous verrons quelques mantas, requins divers (soyeux, galapagos, pointes blanches, marteaux) et la faune caractéristique des mers tropicales. Le clou de la journée sera sur la troisième plongée un magnifique banc de requins-marteaux (environ une cinquantaine qu’on a pu observer pendant quelques minutes.

Mateaux Mantas1

Après 6 heures de navigation arrivée au petit matin le jour suivant à Roca Partida.

Ce site est souvent comparé à Wolf et Darwin aux Galapgos. Il consiste en un gros rocher posé sur un premier plateau volcanique à 80 mètres de fond qui descend ensuite jusqu’à 1500 m de profondeur. La mer bien que calmée par rapport à la veille est encore assez agitée et l’embarquement sur les pneumatiques de plongée est assez sportif. La visibilité est impressionnante, on voit le fond à 80 mètres au bas d’un tombant vertigineux comme s’il était à quelques mètres. Que dire de la faune, bancs monstrueux de carangues, requins pointes blanches entassés sur le balcon à vingt mètres, requins-soyeux, marteaux, galapagos, thons, etc, etc  qui patrouillent en banc autour de l’ilot. Nous y ferons également quatre plongées.

RocaPartida BancDeRequins

Carangues PointesBlanches

departplongee NelsonRequinBaleine

Le lendemain nouveau changement de site direction l’île de Socorro. Nous n’y ferons que trois plongées, devant se soumettre au contrôle administratif effectué par les autorités militaires obligatoire pour tout bateau navigant dans l’archipel. Cela nous a surtout donné l’impression d’occuper les militaires dont apparemment c’est la seule activité. Ce site nous a un peu déçus. En effet à part des dauphins vus uniquement par le groupe de Philippe lors de la seconde plongée, le reste a été largement en dessous des autres sites. Seule, une manta nous permit de ne pas l’oublier. Cela nous donna l’occasion tout de même de récupérer du rythme intense des deux premiers jours. Malgré tout, le soir, une séance PMT de nuit au milieu des requins soyeux venait ajouter un peu de piquant à la journée.

Ensuite à nouveau navigation de nuit pour revenir à l’île San Benedicto sur le site du Boiler où nous resterons les deux derniers jours pour y faire également quatre plongées quotidiennes. Ce site doit son nom aux remous engendrés par une remontée jusqu’à quelques mètres de la surface depuis un fond de 45-50m où les vagues et la houle génèrent sur le haut de la remontée un effet de bouilloire.  Pendant les deux jours, festival de mantas dans tous les sens, requins de toute sorte (galapagos, marteaux, soyeux, etc) et un requin tigre façon « body-buildé »,aperçu à plusieurs reprises sur le sable, sur 45 m. Vu son gabarit, la dizaine de mètres nous séparant apparut finalement comme un rempart de sécurité appréciable, le tout agrémenté également d’une plongée où se mêlèrent mantas et dauphins, spectacle inoubliable.

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Le soir, petit concours de sélection des meilleures vidéo de chacun des participants. La vidéo gagnante a été celle d’un cassidaine mêlant mantas et dauphins. Ma vidéo, le banc de marteaux n’a pu être visionnée qu’après le vote à cause d’un problème technique lors du transfert entre les PC et reçut le prix spécial du jury. Départ ensuite dans la nuit pour retour à Cabo San Lucas pour à nouveau 26 heures de traversée avec un mer plus agitée qu’à aller qui cloua l’un d’entre nous dont je tairai le nom mais qui se reconnaitra aisément dans sa cabine pendant toute la traversée. Durant la nuit, Mirko, l’un des  quatre webmasters monta un petit film des meilleures vidéos de chacun que nous nous ne manquerons pas de vous montrer.

Mantas6 Dauphins

Dauphins2 Dauphins3

Ces cinq de jours de plongée sur l’archipel de Revillagigedo et les quelques jours à terre resteront comme un moment unique, mais avec un rythme épuisant, c’est en effet la première croisière que je fais avec quatre plongées en journée, ce qui laisse très peu de temps de récupération entre le retour d’une plongée et le départ de la suivante. Et malgré la température de l’eau, 25-26 ° en moyenne, lors de la dernière plongée, la température nous sembla très fraiche et je pense qu’aucun de nous quatre aurait pu faire une journée de plus à ce rythme. Heureusement le jacousi nous permettait de nous détendre en fin de journée et de faciliter la récupération. 

Il était temps ensuite de rentrer à la maison comme on dit chez nous. Seul Philippe qui ayant « égaré » sa carte d’immigration a dû effectuer une prolongation à l’aéroport de Mexico pour régler ses problèmes administratifs.

La croisière a été très francophone (19 participants sur 24 dont 17 français), ce qui est trèq rare dans cette région. Parmi les français, Marseille et ses environs était largement représenté, en effet, en plus des quatre Morses, participaient quatre plongeurs cassidains et deux ex-pensionnaires du club de Pertuis qui étaient déjà venus à Callelongue lors de leur plongée de Noël. Comme quoi, même à 10000 kilomètres de Marseille, notre club du bout du monde porte bien son nom.

Photos: Jean-Pierre Parcy, Myriam Melotto, Nleson Larrieu, collectif croisière

« Alors, qu’est ce qui se passe ? Cela fait bien longtemps que tu ne nous a plus envoyé d’histoire de Nouvelle Calédonie. Tu ne plonges plus ? ». Voici comment m’apostropha mon ami Bruno, par une légère réprimande qui avait toutes les apparences d’un encouragement. Il faut du temps et de l’énergie pour écrire une histoire. Trouver le temps n’est pas simple et on n’y peut pas toujours grand-chose. Trouver l’énergie, c’est parfois difficile. Mais il est certain que de recevoir un compliment, voir même une simple remarque au détour d’une conversation qui prouve que l’on a fait l’effort de vous lire, aide à trouver la motivation. Donc voici une histoire pour Bruno !

Bien entendu, je n’ai jamais arrêté de plonger. Je plonge même plus que jamais. Et le Pacifique présente tant de facettes si extraordinaires que la plongée du quotidien avec ces bancs de requins gris ou ces ballets de raies manta finit par devenir la norme. Il devient difficile de distinguer ce qui mérite une histoire … Impossible de décrire chaque plongée.  Parfois le déclencheur est une photo exceptionnelle. Mais le plus souvent, il n’y a pas de photo, ou juste une très mauvaise photo.

Alors une histoire reste le meilleur moyen de conserver en mémoire une rencontre  hors norme. Et puis elle a le mérite de forcer l’imagination à travailler. Il y a aujourd’hui tellement de documentaires avec des images si incroyables qu’il serait futile d’essayer de rivaliser avec son propre appareil. Mieux vaut distiller quelques mots. Le pouvoir évocateur dont ils sont dotés, additionné d’un bon pastis, leur donnera toute leur puissance. Ainsi par exemple : le grand requin marteau.

Il faut d’abord avoir à l’esprit qu’il y a plusieurs espèces de marteau : le grand requin marteau et les autres … Les « petits » marteaux sont souvent en banc, relativement faciles à voir sur certains sites comme l’ile Coco. Le grand requin marteau nage seul, il est très difficile à voir et pour tout dire, quand on a cette chance, le plus souvent on ne fait que l’entrapercevoir de manière si fugitive que c’est très frustrant. C’est un peu comme le léopard dans la brousse africaine : si on en voit un dans l’année, on peut s’estimer heureux. Après presque deux ans dans le pacifique et pas loin de deux cents plongées, je compte ces rencontres sur les doigts d’une main. Mais bien entendu, c’est cette rareté même qui fait qu’il occupe toutes les conversations d’après plongée, qu’il transforme une plongée ordinaire en une plongée mémorable.

Le grand requin marteau quand il atteint sa taille adulte est énorme : jusqu’à six mètres pour une demi tonne. Et six mètres, quand on est à côté, c’est long comme une limousine. Bien entendu sa tête difforme est ce qui en fait un requin à part. Mais je suis aussi frappé par sa nageoire dorsale qui se dresse tel un étendard vertical sur un dos hypertrophié, tout en muscle. C’est peut être sa tête plate qui, par contraste, donne cette impression d’un corps aux dorsaux bodybuildés.

J’ai déjà raconté ma première rencontre avec le grand requin marteau illustré par ma première photo sous marine prise en Nouvelle Calédonie et qui incluait également une raie manta. C’est certainement un document rare, peut être unique, qui sait ? Mais après mes autres observations, je peux dire que pour un grand requin marteau, il était plutôt petit.

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Rare cliché d’une manta et d’un marteau

C’était en Mars de l’année dernière. Et depuis, plus rien. Si ce n’est quelques messages aussi épisodiques qu’expéditifs de notre cher DP Thierry mentionnant la présence d’un marteau au cours d’une plongée. Utile pour entretenir l’espoir un jour d’en voir un certes, mais beaucoup trop bref pour fertiliser l’imagination des plus inventifs ni même regretter de ne pas être venu.

Heureusement le club a eu la bonne idée d’organiser un voyage en Polynésie, aux Tuamotu. Et Thierry avait promis au menu, outre les bancs de plus de cent requins gris ou les dauphins parmi les plus familiers de la planète, les Tigres et Marteaux. Ah les passes de Rangiroa, de Fakarava ! Cela faisait presque vingt ans que j’en rêvais, en me promettant qu’un jour  ce serait mon tour d’y plonger. Tout en tremblant de ne pas pouvoir y aller pour des raisons professionnelles, j’imaginais déjà ces dérivantes avec des requins dessus, dessous, à droite et à gauche : l’immersion au cœur du banc de requin gris. Mais dans mon rêve, je n’oubliais pas les supers prédateurs : le requin tigre et le grand requin marteau !

Seconde et troisième observations à Rangiroa.  Direction le raie Manta club, le club historique localisé juste dans la passe. Ils sont si prêts du site qu’ils ont juste un vieux zodiac à fonds plat pour nous amener sur site, c’est tout dire. Pourtant vu la taille des vagues du mascaret créé par la rencontre du sortant avec la houle d’Est, on aurait bien aimé un engin flottant un peu plus rassurant. En plus, histoire de nous mettre tout de suite dans l’ambiance, une demi douzaine de polynésiens à quelques mètres du club lèvent avec une dextérité impressionnante filet sur filet de centaines de picots et jettent à la mer l’arête avec la tête. Ce n’est pas un gâchis pour tout le monde, la mer bouillonne de dizaine de requins qui se jette sur ce festin qui leur est offert. Requins gris, pointes noires, requins dormeur … plusieurs espèces se disputent cette manne dans quelques centimètres d’eau, il y a même deux énormes murènes verte qui se joignent à ces agapes. Est-ce vraiment raisonnable de se mettre à l’eau ?

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Alors, tu plonges aujourd’hui ?

En tout cas, nous embarquerons tous dans le frêle esquif. « Janvier, c’est la saison des marteaux » nous a promis Thierry. Nous le croyons et ce n’est pas le moment de laisser passer sa chance. Les plus heureux seront les niveaux 1 et 2. Ils nous montreront une belle photo d’un magnifique spécimen qui arriva droit sur eux dans quelques mètres d’eau, sans doute curieux de détailler ces bipèdes à la nage incertaine. Le lendemain, c’est notre tour d’être chanceux. J’entends Roméo, un compère de planquée hurler dans son détendeur. Demi-tour sur place, je le voie nager caméra gopro en étendard, vers un grand requin marteau. Ce dernier suit sa route sans bruit, sans effort, sans même nous remarquer, nous qui pourtant crachons nos poumons dans un nuage de bulles à nager à toutes palmes pour tenter de maintenir la distance. Vain effort, il a tôt fait de nous distancer et disparaitre dans le bleu. Si courte soit cette observation, elle occupera toute notre conversation de l’apéritif, sur le Deck du relai de Joséphine, à observer les dauphins jouant dans le mascaret de la passe de Tiputa au soleil couchant. Eh oui, le grand requin marteau, on le voit quelques secondes mais l’on en parle pendant des heures.

Ma troisième observation sera aussi à Rangiroa. La plongée est loin d’être simple. La passe de Tiputa est très large, impossible de voir les deux bords en même temps. Elle est profonde avec plus de cinquante mètres au niveau de la marche qui marque l’entrée de la passe. Aussi, le plongeur n’a d’autre choix que de se laisser dériver, tiraillé entre sa volonté de limiter profondeur et palier et son désir d’être au plus près de l’action qui naturellement se passe au niveau de la marche. Et me voilà donc avec le guide de palanquée à trente cinq mètres et un banc de près de trente raies aigles à cinquante. Que faire ? Je ne résiste pas à la tentation de m’approcher un peu plus, la respiration coupée par soucis de discrétion.  Quand soudain, le banc se replie sur lui-même, comme une vague. Et j’aperçois fugacement, à peine visible sur le fond de la passe, le grand requin marteau à l’origine de ce mouvement de panique. Guère plus qu’une vision, mais un frisson me parcourt à la simple imagination du drame en cours. Mais mon plaisir est de courte durée car malheureusement, j’entends déjà les cris du moniteur qui tel un élastique invisible me rappelle à plus de hauteur. J’enrage, et tel un marteau croquant sauvagement sa raie aigle, je n’en aurais bien fait qu’une bouchée !

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Gribouilli de partie de chasse

Quatrième acte à Fakarava. Nous commençons par quelques plongées dans la passe nord. Dont une dans une eau qui devient progressivement trouble au milieu des gris. En fait, le passage d’une eau claire à une eau chargée dans les passes semble parquer une inversion de courant. Il vaut mieux ne pas pousser trop loin sous peine de se faire emporter. Naturellement, Thierry est en tête. Tout à coup, les requins semblent pris d’une grande agitation, l’un de nous dira avoir vu un nuage de sang. Que se passe-t-il ? Thierry qui avait disparu revient vers nous, tour à tour les deux poings sur les tempes – signe du marteau – puis les bras écartés – pour signifier un énorme requin marteau. Pour ma part, je n’ai rien vu. Dommage, mais c’est ainsi. 

Après quelques plongées magiques à la passe Nord, tous les membres du Club m’abandonnent pour tenter l’aventure chacun de leur côté. J’ai choisi de rester sur le même atoll et de prendre le bateau pour la passe Sud de Fakarava : Tetamanu. Bonne pioche, c’est un endroit exceptionnel comme l’a si bien immortalisé Laurent Ballesta dans son documentaire sur sa plongée de 24 heures et la reproduction des mérous. Je retrouve d’ailleurs une combinaison égarée par l’équipe. Pour avoir plongé dans mal d’endroits, je dirais que la passe de Tetamanu  est parmi ce que j’ai fait de mieux avec l’île Coco, Costa Rica. La pension sur pilotis est carrément sur la passe. Il suffit de se mettre à l’eau pour s’immerger avec le banc de requins gris. En permanence des petits pointes noires rodent à l’affût de quelques reliefs de nos repas.

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Sur les traces de Ballesta

La passe est étroite et peu profonde, à peine plus de vingt mètres. Vu la clarté de l’eau, c’est un peu comme plonger dans un bassin. Sauf que pendant presque toute la durée d’une plongée, la dérive se fait entre les requins gris qui s’écartent au fur et à mesure que nous avançons pour nous frôler tantôt à droite, tantôt à gauche, parfois au dessus ou en dessous. Il est possible de s’arrêter dans une cavité, et là les nuages de bulles restant prisonniers du plafond de la grotte, d’observer les requins nageant sans crainte à quelques dizaines de centimètres. Pratiquement aucun temps mort dans cette plongée : on est immergé dans un banc de gris qui occupe toute la passe et doit compter plusieurs centaines de requins du début à la fin de la plongée. Le seul bémol de Tétamanu, c’est que c’est toujours la même plongée. Mais qui oserait s’en plaindre ? Ma chance a voulu que pour conclure une de ces  plongées quasi-parfaites nous empruntions un petit chenal de côté occupé par trois requins citrons de près de trois mètres chacun. 

Mais j’étais encore loin de me douter que ma chance me réserverait encore une ultime surprise. Ouvrant le chemin à une petite palanquée constituée d’une discrète plongeuse japonaise et d’un très jeune moniteur qui comptait moins d’un mois dans le Pacifique, nous dérivions au milieu des gris. Et puis soudain, le banc s’agite et tous les requins se précipitent vers la sortie de la passe, les uns cherchant à rattraper les autres. Tous les trois, nous regardons attentivement dans la direction vers laquelle ils se bousculent. Je ne vois rien. Puis je tourne la tête vers mes compagnons : ils me regardent les yeux exorbités, comme frappés de stupeur. Alors je regarde derrière moi et là, à portée de main, l’énorme tête d’un grand requin marteau. Difforme, deux yeux excentrés, presque 1,5 mètres de large, surplombé par un aileron qui n’en finit plus. La bête se fige l’espace d’un instant, puis fait demi tour sur elle-même pour disparaître dans le bleu en trois coups de queue.

Je n’ai guère eu le temps d’avoir peur, mais il se pourrait que, pour une fois, je n’étais pas loin d’être une proie. Le jeune moniteur me racontera avoir vu le marteau arriver à grande vitesse, s’arrêter net une première fois à quelques mètres de moi, reprendre sa progression jusqu’à me toucher avant que je me retourne. La japonaise avait commencé par filmer la fin de la scène avant de lâcher son appareil. Donc il ne reste que deux coups de crayons et une capture d’écran floutée.

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A portée de main

La quatrième observation sera à la passe de Uatio dans le grand Sud. Ce sera pour moi le clou de la première croisière plongée avec le catamaran Imagine. Sur inspiration de Marc, Thierry notre DP toujours hyperactif n’a pas tardé à réunir un équipage pour remplir le bateau, louer deux compresseurs thermique à la STIM et charger une dizaine de blocs. Et vogue la galère pour une aventure de cinq jours entre Nouméa et la baie de Gadji à l’île des Pins. Et une succession de plongées découvertes dans les sites les plus fabuleux du caillou : passe de la Sarcelle, passe de Tiaré, de Upé, de Kuaré en passant par le récif Gué qui abrite les baleines à bosse en hiver ou l’ilot Ndo dont la plage était parsemée de coquilles de nautile laissées par la dernière tempête.

La mise à l’eau dans la passe de Uatio se fait directement depuis le catamaran : nous nous jetons tous à l’eau en file indienne depuis chacune des deux descentes. Je me retrouve chargé de trainer une bouée au bout d’un moulinet par sécurité : les courants sont si forts et imprévisibles dans les passes qu’il vaut mieux se signaler en surface pour ne pas courir le risque de sortir sans aucun bateau à l’horizon au milieu d’un mascaret déchainé. Je souffre car c’est physique et j’admets difficilement d’avoir mes mouvements limités en plongée … Enfin, le bon côté de la chose, c’est que c’est ma bouée que suit le bateau. Alors j’en profite pour faire le milieu de la passe et sonder un peu, tout en laissant mes camarades longer le récif. Je me retrouve isolé, tout en continuant de voir mes camarades en contre jour quand un grand requin marteau apparaît du néant des grands fonds pour faire lentement le tour de ma modeste personne. Mes camarades que je vois pourtant très nettement dans le soleil n’ont rien vu. Ce qui en dit long sur la capacité du grand requin marteau à se fondre dans le décor et vous approcher furtivement avant de disparaître. N’oubliez pas de regarder derrière vous, dans le bleu, quelques mètres plus bas, il est là, il vous observe d’un œil de martien le grand requin marteau.

En ce samedi matin 12 mai, un certain nombre de travaux nous attendait!

  1. Corvée poubelles, avec les deux colonels ayant aussi le même prénom Frédéric; d’où transport des containers du club jusqu’à ceux de la ville plus haut dans la calanque. Au passage avec Jeannot du cabanon "Sian fatigua" nous avons récupéré un sac poubelle de la ville qui était déchiré et commençait à se répandre sur la chaussée.
  2. Les deux pavillons Alpha du "SuscleII" et du "BarracudaII" étant cassés pour la énième fois, j’ai commençé à découper et peindre deux nouveaux pavillons, avec l’aide de nos deux colonels de service.
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Alors qu’une équipe de plongeurs clermontois arrivée au club depuis le 10 du mois et sous la houlette d’Antoine, un de leur moniteur se préparait pour aller faire une plongée avec le "SuscleII" en compagnie d’une équipe de Morses composée de: Anne, Bruno, Didier, Frédéric, Luc, Mario et Nelson.

Geneviève, Dominique et guy eux étant partis pour une plongée essais photos dans la calanque.

Après l’arrivée de Lucien, les deux Frédéric et moi nous sommes montés jusqu’au sémaphore, pour voir où en sont les travaux et dans quel état celui-ci se trouve.

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Nous avons constaté que les lieux sont plutôt en mauvais état, les grilles de protection des antennes de diffusion des opérateurs: Orange, Bouigues ou SFR sont tombées au risque par fort vent de dégringoler plus bas et ainsi créer un accident!

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De retour à notre base nous avons fini les deux pavillons Alpha, en espérant que nos Morses en prendront soin.

Je passerais sur le nettoyage pour la énième fois du barbecue à gaz, par mes zigue.

Bref une matinée bien chargée.