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19 janvier 2018

Parmi les grands moments d’une aventure figurent indéniablement la préparation. Marc nous a suggéré pour la semaine du 1er Novembre une expédition près de Poum, dans la pointe nord du caillou, pour plonger sur la passe de la gazelle et celle de Poum. Peu de monde a eu la chance d’aller plonger dans ces eaux, au moins ces dernières années. Mais aidé du guide des sites de Pierre Larue édité en 1995 que l’on ne trouve plus qu’en Bibliothèque, il a su nous mettre l’eau à la bouche. Il faut dire que les descriptions des plongées auraient de quoi motiver le plus blasé d’entre nous. Comment donc résister au plaisir de quelques citations :

« Dans une petite vallée qui remonte vers le lagon, le poisson foisonne : un important banc de carangues, d’énormes loches carites, des raies léopards, des requins gris de récif du plus petit au plus grand, des requins taureaux et, parfois, un requin baleine, y transitent. »

Ou encore :

« C’est le point de départ d’une exceptionnelle plongée dérive, réservés aux plongeurs confirmés. Le courant est toujours rentrant et impose un bateau suiveur et une bouée de surface pour la récupération des plongeurs dans la passe lorsque la mer se lève. C’est la plongée où l’on peut tout voir : requins gris de récif, à pointes blanches, requins marteaux et taureaux, des escadrilles de raies léopards (en hiver), des bancs de bécunes, de carangues, de platax, de chirurgiens, et des tortues peu farouches »

Marc nous a préparé un petit fascicule, traduisant les amers du Guide de Pierre Larue en coordonnées GPS, transcrites sur des photos satellites du portail Georep (mise en place par le Gouvernement de Nouvelle Calédonie, histoire de faire concurrence à Google Earth). Il a également pris contact avec son ami Jean Pierre, fils d’un ancien capitaine de la marine marchande de nationalité grecque retraité sur le caillou, et propriétaire bienveillant du bout du bout de la presqu’île de Golone, où nous irons établir notre base.

Enfin un endroit merveilleux en bord de mer où l’on peut camper en toute tranquillité.  Passé le dernier col, nous trouvons un petit havre de paix en bord de plage, protégé du plus fort des alizées par un bout de mangrove et du plus brulant des rayons du soleil par quelques arbres encore vert.  Quel meilleur endroit pour établir nos tentes, sortir table et chaise pliantes, étaler une grande natte sous un taud de soleil et attacher son hamac entre deux branches opportunément placées ? Ah le plaisir de bonnes siestes au retour de plongées la casquette sur les yeux un livre entrouvert sur la poitrine en guise de couverture.

Le Paradis. Enfin presque, Thierry nous a prévu des quarts de gonflage. Il n’y a malheureusement pas de club à moins de deux heures de routes aussi nous avons du amener une collection de bouteilles et un compresseur thermique. Nos seuls voisins Michel et Malika, un couple de retraités venu passer un mois sous tente à Golone avec leur bateau et équipement de pêche (traine, jig …), sont heureusement de bonne composition. Vu que nous n’avons qu’un compresseur, on gonfle péniblement bouteille après bouteille en continu de midi à la nuit tombée. Ils sont même si sympathiques qu’ils nous offrent un thazard si énorme qu’il suffira à rassasier les dix huit plongeurs que nous sommes.

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Quart de gonflage, ne pas s’endormir : purge toutes les 20 mns !

Car heureusement, si l’organisation garde un petit côté militaire, il n’est pas question de rations de combat déshydratées au diner. Ce sera marmite tout d’abord de crabe de cocotier avec aïoli.

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Sur le caillou, à défaut d’oursinade ou sardinade, des crabinades !

 

Ou encore thazard en sashimi puis étuvé dans sa papillote avec filets huile d’olive et citron décoré de rondelles de tomates … 

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Petit cours sur la manière de lever les filets d’un thazard

Et les plongées alors ? Un peu de patience, elles arrivent. Et puis, ce serait trop fastidieux de tout raconter.  Aussi partageons les moments les plus marquants en quelques phrases. De toute façon, la magie des mots fait la moitié et votre imagination fera le reste. Voici ce dont je veux garder le souvenir.

Une descente dans le bleu sur le mur de la pointe nord du grand récif de Koumac, une paroi parfaitement verticale dont on ne voit pas la base. Et pourtant, l’eau est si transparente que la visibilité doit approcher les cinquante mètres. C’est le moment de plonger la tête en bas en vidant ses poumons et de se laisser glisser : 10 … 20 … 30 … 40 … et  50 mètres. Je m’arrête pour voir si mes binômes m’ont suivi. Tout est ok, je guette si Clotilde qui n’a guère l’habitude de ses profondeurs n’est pas en panique. Elle a les yeux qui sourient. Fin narcosée, mais contente, elle n’a pas du avoir le temps de vérifier la profondeur sur son ordi, tout va bien.

Marc fait craquer une bouteille en plastique vide dans l’espoir d’attirer un requin. En voilà un gris qui s’y laisse prendre. Curieux du bruit, il s’approche et se retrouve un peu coincé parmi nous dans une échancrure du récif. Après quelques parades d’attaque ou contorsion d’intimidation, il trouve une sortie et s’échappe.

Dérivante dans la fausse passe de la Gazelle, c’est le rentrant est le courant est fort. Mise à l’eau côté sud. Nous croisons sur un fond de 20 mètres un gros requin gris qui a dû être effrayé par un groupe plus en aval.  Je ne résiste pas au plaisir de lui bloquer le passage pour le voir passer au plus près. Le courant nous entraîne et je poursuis dans mon objectif de tenter d’atteindre l’ilot Carey soit un peu plus de 800 mètres en ligne droite.  Nous survolons le fonds à grande vitesse. C’est plutôt pelé, la marque de fort courant, avec quand même quelques collines. Et surtout des anfractuosités de plusieurs dizaines de mètres dans lesquelles s’abritent la vie. C’est le moment de sonder  et nous aussi de nous abriter du courant pour profiter des splendides gorgones et surtout de la multitude de loches marbrées (malabaricus). C’est la période de reproduction des loches et je réalise que nous venons de découvrir un second site de ponte, qui n’a rien à envier au mur aux loches de la passe de Dumbéa. Il y en a dans chaque recoin, qui s’échappent au fur et à mesure que nous remontons l’anfractuosité. A 20 mètres en seconde plongée, les paliers s’accumulent et il nous faut malheureusement interrompre notre survol pour revenir en surface. Et nous voilà flottant vers l’ilot Carey, survolé par quelques fous curieux de ces intrus qui voudraient mettre pied sur leur royaume.

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Où suis-je ? En dérive avec des fous au milieu du lagon

C’est déjà le mercredi 1er novembre. La troupe des camarades plongeurs trop pressés retourne en convoi sur Nouméa. Je décide pour ma part de rallonger le séjour pour finir la semaine. Surtout que Thierry a bien voulu me laisser quelques précieuses bouteilles pleines et que Jean Pierre est prêt à me remmener sur ces sites qui méritent certainement plus qu’une unique plongée chacun.

Et bien m’en a pris, car je suis invité le soir même par les voisins pêcheurs. Au menu, langouste porcelaine.  Sans être marseillais, elle est énorme, c’est la plus grosse que j’ai jamais mangé. Un vrai régal. Même à sept dessus, il a fallu s’y reprendre plus d’une fois pour la finir. Et en guise de dessert, me voilà convié à une ballade jusqu’à la baie du croissant le lendemain. Heureusement, car tant de plongées et de ventrées de fruit de mer m’ont un peu fatigué.

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Non, Jean-Mi : impossible de la cacher dans un faux bi ou une poche de stab

La baie du croissant est une carte postale. Nichée dans un amphithéâtre qui interdit tout accès sauf par la mer, elle renferme une plage magnifique et ombragée, de plusieurs kilomètres de forêt et cocotier et qui pour une fois n’est pas défendu par un platier corallien. Personne n’y habite. Nous avons donc ce joyau pour nous seuls, si ce n’est pour être honnête un dugong qui disparait toutefois sous l’eau en nous saluant de sa queue.  

Déjà Vendredi. Ce seront mes dernières plongées avec le bateau de jean Pierre et mon fidèle moulinet que je traine depuis le Mozambique. J’y ai accroché un pare-battage qui servira de repère à Jean Pierre. Nous irons d’abord à la passe de Poum puis à celle de la gazelle.

Poum a l’avantage d’être toujours rentrant. C’est ce que dit le guide des plongées et c’est ce que je vérifie. Plouf, je fonce droit vers le fonds en dévidant mon moulinet pour ne m’arrêter qu’à quinze mètres sur le corail. Le temps de me remettre d’aplomb et voilà deux albi marginatus et quatre gris qui m’entourent de tous les côtés, sans aucun doute attirés par le bruit de ma mise à l’eau. Je les laisse approcher jusqu’à quelques mètres pour profiter du spectacle. Puis je me détends tel un diable sortant de sa boite et les voilà partis dans le bleu. Cette dérivante le long du tombant au milieu des bancs de poissons de toutes sortes, carangues gros yeux, barracudas, chirurgiens, anglais et même perroquets à bosse est un régal. Par deux fois, un albi vient me voir. Pierre Larue ne s’est pas trompé, c’est bien la plongée où l’on peut tout voir.   

Pour la seconde et la dernière, ce sera la passe de la Gazelle, dans le sortant. Nous faisons le trajet en empruntant l’intérieur du récif, survolant des fonds blancs à quelques mètres de profondeur. Ce qui permet à Jean Pierre d’éviter les très nombreuses patates de corail qui affleurent. Je décide de tester le nord de l’ilot Carey avec comme objectif de sortir à la balise verte qui marque l’entrée du chenal. Il y a peu de fonds au niveau de l’ilot, à peine dix mètres. Et tellement de lutjans que le récif disparait sous leurs nombres sur près de cent mètres. Puis le récif s’enfonce un peu et me voilà sur un plateau parsemé de patates et de gorgones. Le nombre de loches augmente progressivement pour devenir extrêmement dense. C’est bien là un site de reproduction. Et de plusieurs espèces, car outre les loches marbrées, il y a une grande quantité de mérous à taille blanche. C’est un vrai régal de s’avancer au milieu et de les voir s’écarter tout d’un coup dans un sonore coup de queue.

Voilà, la semaine est déjà finie. Et je n’ai qu’une envie, y retourner. Et pourquoi pas tenter la passe suivante au nord celle de Poum : la passe de Yande. Et surtout cette petite passe de Yande. Plus, c’est étroit, plus il y a du courant. « Uniquement pour les braves », comme dirait Thierry. La photo satellite semble me narguer ….

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A portée de palmes ? La passe et surtout la petite passe de Yande

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