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15 septembre 2019

La plupart des plongeurs s’arrêtent à la passe de Boulari, à proximité du phare Amédée. C’est la passe la plus proche de Nouméa, après celle de Dumbéa, en allant vers le Sud. Les clubs vous y emmènent. Et puis, il faut reconnaître qu’il est difficile de faire mieux comme site. Avec son banc de requins gris qui peut aller jusqu’à soixante individus et sa station de nettoyage de raies Manta, c’est un petit bijou… Mais après s’être rassasié de ces spectacles, ce qui peut prendre de nombreux mois, comment résister à la soif de découvrir le grand Sud?

Si l’on suit le récif, on dénombre onze passes après Boulari, avant le bout du bout de la corne Sud, à 57 miles exactement de la baie des citrons… soit aller et retour, l’équivalent de la distance entre Porquerolles et la Corse. Plus on s’éloigne, plus les passes sont difficiles d’accès. Chacune d’entre elles a sa personnalité. De plus, il est rare de pouvoir les traverser tellement le courant peut être fort. Alors, pour les découvrir en entier, il faut tenter le côté nord et le côté sud et même parfois oser la descente dans le bleu, en plein milieu, sur la marche qui délimite le fonds de la passe des abysses… 

carte
Carnet de plongées du grand Sud

Les alizés de Sud-est, le vent dominant, sont le plus souvent très soutenus. Le trajet aller se fait vent de face. Alors, il faut guetter la météo, week-end après week-end, pour une fenêtre de calme plat. Et les frustrations s’enchaînent…  Les mois d’hiver augmentent la probabilité de beau temps semble t’il. C’est vrai, l’eau est glaciale (22 ° ! Brrrrr), les jours sont plus courts. Mais les baleines arrivent, il pleut moins et puis de toute façon, avec plus de dix nœuds de vent de face, c’est presque impossible. Heureusement, la chance finit toujours par sourire à celui qui a la patience tenace!

L’absence de vent diminue singulièrement la pénibilité du voyage, mais pas la distance. Il faut presque 2h30 pour atteindre la passe de Kuare, en face de l’îlot du même nom. 5h00 aller et retour à 4 000 tours et 80 litres d’essence ! Il ne faut pas être bien malin pour comprendre que le mieux et le plus sûr est de passer la nuit sur place. On a droit ainsi à deux plongées, des journées avec plus de jour pour s’amuser. Alors il nous a fallu prospecter pour trouver un endroit où camper.

La Calédonie qui est un pays riche a bien fait les choses. Ils nous ont offert un google earth spécialement dédié à nos îles (explorateur cartographique sur www.georep.nc ). Il permet de zapper entre autres des cartes marines du SHOM à des photos satellite de haute résolution. Un outil extraordinaire pour rêver, préparer ses aventures…. Et aussi repérer les meilleurs ilots où camper. Ce qui n’est pas aussi simple qu’il y parait. Car si le corail fait notre bonheur de plongeur, il a aussi une fâcheuse tendance à cerner tous les îlots et en interdire tout accès facile.

Alors il faut zoomer sur la photo satellite jusqu’à la résolution maximale pour tenter de repérer une passe, chercher des photos aériennes plus précises sur internet, questionner les quelques marins plus expérimentés qui fréquentent ces récifs lointains, vérifier si le débarquement n’est pas interdit pour cause de nidification de piafs rarissimes… 

Kuare
Îlot Kuaré : si, si, il y a une passe pour petit bateau …

Cela se termine par une liste de candidats parmi les îlots les plus au Sud (www.province-sud.nc/ilots) : Koko, petit Koko, Nda, Téré, Kuaré…

Mais une fois sur place, rien n’est gagné. La photo aérienne en main, il est compliqué de se repérer à ras du sol. C’est où le nord? Merde, l’atterrissage est exposé au vent, il va être dangereux d’ancrer. Ou alors, on ne voit pas de drapeau rouge interdisant le débarquement, certes. Pour autant, les piafs sont toujours là par milliers à piailler tous en même temps. Le boucan est infernal, quand à l’odeur de guano, elle vous prend à la gorge… Sans même parler des marées toujours trop basses. J’ai bien acheté un kayak gonflable pour servir d’annexe. Mais il faut le gonfler et transvaser tout le matériel qui doit aller à terre. C’est laborieux. Au final, on a presque plus de chance d’avoir tout faux (pas de chenal, du vent,  des piafs par millions et la marée basse!), que toutes les planètes alignées.

Alors, il faut imaginer le bonheur de pouvoir se faufiler dans le petit chenal de l’îlot Kuaré à marée haute pour ancrer bien à l’abri sur un fond de sable pour une nuit sans vent. Une fois les deux ancres, de proue et de poupe, bien enfoncées pour ne pas éviter sur les coraux avec le courant, on peut enfin commencer à déstresser. Il suffit d’un dernièr effort pour débarquer tout le matériel de camping: bagages,  tente, table pliante, glacière, grille pour le BBQ, l’inévitable palette récupérée de l’IEOM pour le feu …  

Dans l’idéal, de bons camarades auront aidé à attraper un poisson (Hugo), allumer le feu et préparer une papillote de marlin (Laurent) ou quelques brochettes avec des patates sous la cendre (Marc), déboucher une bonne bouteille de vin (Bruno) …

Pour finir, il ne reste qu’à déplier la chaise de camping attaquée par la rouille en guise de trône. Et le pacha peut enfin savourer sa première gorgée de bière en admirant le coucher du soleil. Elle est chaude, mais il l’aime ainsi car cela veut dire qu’il est en brousse ou en mer. 

pacha
Le pacha, son bateau et sa bière chaude

C’est le bon moment pour se remémorer les plongées de la journée et tenter de graver dans sa mémoire les instants magiques de la journée. Pas si simple, car les passes sont si variées avec chacune leur paysages singuliers: murs à pic donnant sur le bleu sombre de l’abyme, collines couvertes de gorgones, canyons tapissés de coraux mous, passages de sable blanc entre deux récifs …

Et cela grouille littéralement de vie. Dans l’idéal, le courant est rentrant. Il vous emporte pour un vol de 50 minutes. Plus il est fort, plus il y aura d’adrénaline et de vie. Alors on débute normalement par les sentinelles de la passe : un tourbillon de barracudas qui vous escorte vers un banc de requins gris derrière lequel vous vous retenez, agrippé à un rocher, pour ne pas vous laisser emporter et tenter faire durer l’instant. Malheureusement les paliers s’accumulent toujours trop vite, il vous faut à regret lâcher prise pour reprendre votre vol juste au dessus des champs de gorgones à perte de vue, que vous laissez défiler sous votre ventre, tout en scrutant le milieu de la passe : qui sait, vous aurez peut-être la chance d’apercevoir un banc de bonites, une raie aigle? 

paradis
Et si on pouvait toucher le paradis d’un doigt ?

En milieu de passe, les bords sont souvent plus accidentés, moins érodés par le courant. Alors c’est le moment de trouver un rocher pour s’abriter du courant et observer les espèces qui font de même. C’est là qu’il y a le plus de concentration, une véritable explosion : des bancs d’anglais, de wiwas, de perches de nuit près de la surface, de perches pagaies ou de lutjans jaunes qui cachent presque le fond. Et toujours quelques loches saumonées, voir une énorme mère-loche à l’affût.

Sorti de l’abri du rocher, le courant vous reprend. Il faut donner quelques coups de palmes vigoureux pour sortir du flux et ne pas finir dans le mascaret au milieu du lagon. Vous retrouvez quelques grottes abritant rascasses poules, un requin pointe blanche de récif nageant à contre courant droit sur vous. Là, on peut croiser un énorme napoléon vert émeraude avec sa bosse frontale toute bleue, qui vous observe d’un œil curieux tout en conservant ses distances.

Enfin,  vous voilà sur le sable, à l’abri du récif, comme dans un aquarium décoré de quelques patates de corail qui disparaissent derrière des nuées d’anthias bleus électrique, orange vif ou violet, de poissons coffres ou poissons papillons, de banc de sardine. Si vous avez de la chance, une carangue grosse tête intriguée par le bruit de vos bulles viendra vous dire bonjour …    

C’est déjà fini. Alors, il n’y a plus qu’à se consoler en se disant que, heureusement, ce n’est pas encore la dernière plongée. Il reste encore quelques bouteilles pleines à vider. Et voilà qu’en sirotant son café en attendant que les camarades terminent leur voyage sous-marin (chacun son tour, c’est bien normal), une baleine surgit pour bondir presque entièrement de l’eau avant de s’écraser sur la surface dans une énorme gerbe d’écume blanche,  comme pour vous dire : «Mon gars, t’as encore rien vu ».

Et le meilleur, c’est qu’elle a raison bien entendu. 

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