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23 mai 2022

Sifflet de bosco, pipe en terre cuite, boucles en argent … (Petits trésors)

Tout l'art est d'amener d'une main vers l'énorme tuyau de l’aspirateur le mélange de sable, gravier, caillou, coquillage.... Et là, le courant d'eau, mis en mouvement pas un flux régulier d'air injecté a basse pression, avale ce mélange pour le recracher a l'autre bout du tuyau un peu plus loin en une pluie de débris. Tous les poissons sont à la fête. A l'embouchure de la suceuse, les rougets sont à l'affut des crustacés mis a nu. A la sortie, le banc de sardines se partage un repas qui tombe en une pluie d'abondance. Mais, les plongeurs ont aussi la fièvre de la picorée, celle de l'or ! Qui saurait dire si une pièce de huit ne se cacherait pas enfouie sous le sable, juste là ?

***

L'année avançait à grand pas, inexorablement. Les vacances de fin d'année n’étaient déjà plus qu’un lointain souvenir. Avec mes camarades Lluis et Esteban, nous avions depuis longtemps tous repris le chemin de nos bureaux de Maputo, si fiers de nos aventures. Mais le virus de la découverte avait de manière irrémédiable attaqué nos esprits : nous tournions en rond à raconter en soirée nos péripéties, pour conclure une fois encore qu'il ne fallait pas s'arrêter en si bon chemin.

Malheureusement notre maitre et inspirateur avait disparu depuis quelques temps déjà. Même son bateau semblait avoir été tristement remisé dans son hangar cadenassé. Au retour d'une sortie mouvementée en Hobie cat qui nous avait mené Esteban et moi, lui au rappel et moi à la barre, d'un seul bord et sur un unique flotteur, jusqu'à Catembe de l'autre côté du fleuve Maputo, j’interrogeais Miguel. Tout occupé à dessaler du mieux possible, et notre équipement et nos personnes, avec l'aide de l’unique tuyau d'arrosage sur l'esplanade de ciment devant le fameux hangar, je questionnai :

"Alors Miguel, que se passe t'il avec Zé ? Il ne sort plus ?"

"Non, il est parti dans le Nord au début du mois. Il est passé un jour et a embarqué dans son pick-up tous les équipements de plongée et son compresseur. Il était avec ses amis chasseurs : Dinho, de l'ile du Mozambique, et Nuno."  

J'eu beau cuisiné du mieux possible Miguel, il ne savait rien de plus. Mais j'avais déjà quelques pistes à exploiter : un lieu et deux noms. Et des chasseurs sous-marins, il n'en manquait pas au Club Maritimo !

Après l'effort, le réconfort. Qui prenait comme à l'accoutumée la forme d'une Laurentina preta, accompagnée d'un petisco de palourdes sur la terrasse du club au coucher du soleil. Nous étions en pleine conjoncture sur l'île du Mozambique quand voilà justement qu'arrivait de retour de pêche la coque catamaran des jumeaux. Le spectacle des manœuvres de sortie de leur bateau, des glissades des marins sur la rampe, des efforts du tracteur, nous donna le loisir de rassasier notre appétit à défaut de notre curiosité. Et puis il était de bonne courtoisie de laisser le temps à ceux qui avaient passés la journée en mer de sortir leur bateau de l'eau et de l'amener au rinçage avant de les apostropher sur le détail de leur pêche.

"Regarde les barracudas !", me dit Esteban. "Je n'en crois pas mes yeux, regarde la tête : elle est presque deux fois plus grosse que la tienne."

Les jumeaux venaient en effet de débarquer deux barracudas de grande taille, presque aussi grands que moi. Il fallait un bras pour faire le tour de leur corps, deux mains ni suffisaient pas. Et quant à leur tête, elle faisait frémir. Non tant par la taille que par la mâchoire prognathe, les dents acérées et l'œil noir et mauvais du prédateur. Si nous étions impressionnés, les jumeaux ne faisaient pas grand cas de cette pêche, les barracudas étant des proies plutôt faciles et de ce que je compris, beaucoup plus féroces d'aspects que de comportement.

"Et alors, vous n'êtes pas sorti avec Nuno aujourd'hui ?"

"Non, non, Nuno, il est dans le nord, sur un chantier à l'île du Mozambique"

"Un chantier ?"

"Oui, il travaille sur un chantier sous marin : le quai des douanes, en face du palais du Gouverneur."

Ainsi de fil en aiguille, nous apprîmes que nos trois camarades Ze, Nuno et Dinho avaient remporté le lot des travaux sous-marin du chantier de réfection d'un quai dans l'ancienne capitale : l'île du Mozambique. Le mystère était en partie éclairci.

***

C'était en tout cas plus d'informations qu'il n’en fallait pour donner un objectif à nos prochaines vacances de Pâques : ce serait la province de Nampula. Il fallait d'ailleurs transiter par la ville de Nampula où était localisé le seul aéroport, puis ensuite prendre une voiture pour rejoindre l'Ilha, ainsi nommait on l'île du Mozambique.

Lluis avait une nouvelle fois fait jouer le réseau de la coopération espagnole : il avait obtenu qu'un pick-up chargé d'une commission dans la capitale provinciale nous ramène sur l'île. Ainsi nous voici à peine atterris tous entassés dans la benne arrière, les cheveux au vent, à profiter du spectacle.

Nous suivions une route sinuant entre des montagnes nues et granitique en forme de pain de sucre émergeant de la végétation tropicale. Ce paysage singulier laissa place petit à petit à d'immenses cocoteraies parsemées de maison en torchis et toit de Macuti. Et même une fois, au détour d'une route en terre, je remarquais une église fraichement repeinte dans ce style si particulier du baroque portugais. Cette vision fugace et incongrue dans ce paysage par ailleurs si africain présageait du choc qui nous attendait à notre arrivée.

***

L'île du Mozambique ne se laisse approcher que par la mer ou par un pont étroit de plusieurs kilomètres qui débouche sur une place encombrée des taxis brousses garés au pied d'un immense banyan qui dispense une ombre généreuse à tous ceux qui voudraient s'abriter du soleil implacable des tropiques.

Une moitié de l’île est bâtie sur un modèle d’urbanisation à l’européenne. Les maisons sont en solides pierres de corail, bâties autour de jardins intérieurs. L’accès se fait par des portes cloutées en bois massif de style arabe. Les espaces, sous forme de place bien arrangées ou de jardins, sont nombreux. Beaucoup de maisons sont en ruine et les habitants peu nombreux font presque figure de fantômes. Le temps semble s'être arrêté dans ce musée à ciel ouvert. Même si la pendule de l’iconique palais du gouverneur semble vouloir repartir sous les flashs des rares touristes, les premiers depuis la fin de la guerre. Il faut dire que le patrimoine architectural est exceptionnel. On ne compte plus les églises baroques et les mosquées, et même un temple hindou construit par les marchands indiens qui avaient obtenu le monopole du transport entre Goa, Diu et le Mozambique.

A contrario, la moitié africaine est un enchevêtrement de cases avec toujours les emblématiques tuiles de Macuti ou palmes tressées. La vie déborde de partout. Les moindres recoins sont tous mis à profit pour jouer au foot, proposer à manger ou faire petit commerce de toutes sortes de marchandises. Les enfants sont partout : ils distillent en masse une impression de joie et d’insouciance.

***

Sans plus attendre, nous demandâmes au chauffeur de la coopération espagnole, Mussa, de bien vouloir nous amener au palais du Gouverneur, à la recherche du fameux quai. Sans vraiment chercher, nous retrouvâmes rapidement nos camarades. Ils étaient confortablement  attablés dans un restaurant de bord de mer pour leur pause de midi, devant un énorme poisson.

« Venez, venez donc. Il y en a pour tous ! La cuisine est un peu lente et si vous n’avez pas commandé, vous n’êtes pas prêts de mangés quoi que ce soit. La guerre est finie depuis quelques années, mais les restaurants sont toujours à moitié ouverts. », nous enjoignit Zé.

Difficile de résister, nous avions l’estomac dans les talons et bien envie de nous joindre à la tablée sans plus attendre. Mais un sentiment de remord poussa Lluis à demander au serveur de bien vouloir préparer pour Mussa le chauffeur un sandwich à l’œuf et une boisson gazeuse. Un serveur aux cheveux grisonnants, affublé d’un costume qui semblait avoir connu des jours plus glorieux, nota avec soins la commande. Puis il parti vers les cuisines en traversant la longue terrasse tout en faisant glisser ses pieds sur les carreaux noirs et blancs. Je m’en souviens parce qu’après un long moment, nous le vîmes revenir de la même manière vers notre table, qui à vraie dire était la seule.

« Je suis désolé, il n’y a plus d’œuf. Nous ne pouvons pas faire de sandwich à l’œuf »

« Alors, qu’est ce que vous proposez ? » demanda Lluis.

« Je ne sais pas … une omelette ? »

« Mais comment pouvez-vous faire une omelette si vous n’avez pas d’œuf ? »

Après un certain temps de réflexion, le vieux serveur finit par conclure déclenchant notre hilarité qu’effectivement, cela n’allait pas être possible. Heureusement, Zé proposa généreusement d’inviter Mussa à notre table ce qui mis fin au problème.

***

Le chantier avait pour objectif la réhabilitation du ponton de débarquement qui faisait face aux bâtiments des douanes, à deux pas du palais du Gouverneur. Les navires avaient pour usage d’ancrer dans ce mouillage très protégé, à quelques miles du continent. Ils se trouvaient bien à l'abri de l'imposante forteresse San Sebastião, construite en 1520 par les portugais pour protéger la route des Indes. La batterie de canon avait du voir passer plus d'un galion sur ces eaux tout juste fréquentées aujourd'hui par quelques boutres aux voiles rapiécées. Et même participer à de véritables batailles navales opposant les portugais aux hollandais.

Jusqu’à la fin du XIX siècle, l’île était le passage obligé sur la route des Indes. Les navires y faisaient escale pour se ravitailler. Ils attendaient parfois des semaines à l’ancre la mousson, et les vents favorables qui l’accompagnent. Le quai avait sans aucun doute été construit pour faciliter les manœuvres de débarquement et embarquement, mais surtout, si près des Douanes, pour mieux contrôler les flux et pour surtout percevoir les droits qui y étaient attachés.

Commencé en 1802 avec tout juste quelques arches, le ponton avait été allongé une première fois en 1875 d'une dizaine de piliers, puis en 1940 avec des poutrelles d'acier. Ces dernières avaient plutôt mal résistées à l’assaut du temps, d’où la décision présente de remise à neuf.

L’entreprise chargée de coordonner le chantier avait disposé sur la plage une demi-douzaine de nouvelles piles de ponts en béton. Le travail de nos amis était à la fois simple et complexe. Il s’agissait à l’aide de radeau de se débarrasser des anciennes piles pour les remplacer par les nouvelles. Par une judicieuse utilisation de l’amplitude des marées, nos camarades attachaient solidement la pile à déplacer à marée basse au radeau puis attendaient patiemment que le tout se mette à flotter pour le déplacer sans effort à l’endroit souhaité.

Dans un premier temps, toutes les anciennes piles avaient été patiemment déplacées puis larguées à guère plus d’une centaine de mètres  de leur emplacement original, créant ainsi une sorte de récif artificiel. Puis les emplacements libérés étaient soigneusement préparés un par un à l’aide de la fameuse suceuse pour recevoir un lit de pierre. Il ne restait plus qu’à déposer sur ce substrat la nouvelle pile, en prenant soin de respecter l’alignement et les écarts. C’était la partie la plus complexe selon les explications du trio, à savoir nos camarades Ze, Dinho et Nuno qui consacraient là leur premier pas de plongeurs professionnels.       

***

L’équipe s’était installée dans une petite guérite située sur le quai lui-même et fermée par une lourde porte en fer. A proximité, le compresseur thermique ronronnait, gonflant sans jamais s’arrêter bouteille après bouteille. Il était accompagné d’un générateur qui permettait de faire fonctionner une suceuse. Autant dire qu’il valait mieux être sous l’eau pour s’extraire du vacarme des moteurs qui venaient perturber la quiétude ambiante. Surtout que cette eau était d’une transparence sans égale. De plus il y faisait plus frais qu’en plein soleil, enfin à peine.

Les plongeurs baignaient dans une nuée de poissons multicolores. Pour un premier chantier, Zé avait eu la main heureuse. C’était indéniablement plus confortable que de travailler en eau trouble, froide et profonde ! Le chantier avait même tout l’air d’un camp de vacances, à proximité de cette petite plage qui s’étendait à l’ombre de la citadelle, imposant vestige de la route des Indes.

Si aujourd’hui les galions et autres caravelles avaient disparu depuis longtemps, le mouillage était toujours fréquenté par une petite douzaine de boutres peints de toutes les couleurs. Ces derniers survivants d’une marine en bois embarquaient encore quotidiennement leurs passagers vers divers villages du continent si proche.

Parmi les multiples traces de ce prestigieux passé, il n'était pas rare de trouver sur la plage quelques fragments de porcelaine Ming. Le musée logé dans le palais du Gouverneur comprenait d'ailleurs une salle spéciale pleine de vaisselles chinoises, mais également de pièces d'argent et d'or et autres petits trésors d’un autre temps. Dinho se vantait d'ailleurs d’avoir participé aux fouilles de plusieurs épaves aux alentours de l’île, dont une infime partie des trésors avait quand même trouvé le chemin du palais.   

Nos amis avaient loué une de ses grandes maisons en pierre de corail, si fraîche avec leur haut plafond. Elle disposait comme de juste d’un jardin planté de jasmins et de frangipaniers qui parfumaient l’air la nuit tombée. Naturellement, nous étions invités à y dormir.

***

Chaque matin, c’était la même routine. Nos amis avalaient rapidement un café avant de se diriger d’un pas guilleret vers leur chantier. Il faut dire qu’ils partageaient tous une motivation secrète : la chasse au trésor ! Si le chantier n’était pas au sens propre une fouille archéologique, il en avait tous les attributs.

Imaginez donc, depuis près de deux siècles, le nombre de débarquements et d’embarquements de marchandises ou de passagers, la multitude de galants promenant leur belle jusqu’au bout du ponton pour admirer les couchers de soleils, la foule des pêcheurs à la ligne ou les nuées de plongeurs acrobates.

Et toutes ces occasions de perdre son porte monnaie, de laisser tomber sa pipe, d’égarer sa petite bouteille de parfum, de jeter sa flasque de rhum une fois vidée … Le soir venu, chacun faisait l’inventaire de ses trouvailles du jour et chaque jour amenait une nouvelle surprise : un bouton orné d’une ancre, une boucle de chaussure ou de ceinture en argent sûrement, un flacon de verre coloré mais aussi pour les plus chanceux une montre à gousset gravée, une boucle d’oreille parée d’une jolie perle, une pièce au dessin mystérieux, un sifflet de bosco qui paraissait d’or ...

Il n’en fallait pas plus pour tenir en haleine la petite équipe. Une large partie de chaque nuit était consacré à la revue de détail des menues découvertes du jour et à celles fantasmées du lendemain. Aussi, chaque matin, nos amis semblaient se réveiller un peu plus tôt et encore plus motivés pour attaquer leur chantier avec ardeur.

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