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8 décembre 2019

Pour ce samedi 23 février, c’est ma reprise plongée suite à mon opération du 22 novembre, soit 3 mois et 1 jour après.

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Pour cette plongée j’ai comme binôme Guy notre photographe plusieurs fois primé dans différents concours.

Direction les Moyades, (un petit ilot à la pointe ouest de l’île de Riou) par un soleil éclatant, une mer calme, une eau claire, mais assez froide 13° ce qui ne nous a pas réchauffé !

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Durant cette plongée de 40 minutes et une profondeur maximum de 25 mètres, nous avons croisé et photographié: labres, rougets, sars, mérous, murènes, chapons de belles tailles et bien d’autres espèces.

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Ci dessous 3 photos macro prise par mon binôme Guy.

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Pour ma reprise c'était une sacré reprise.

« Le bon roi Dagobert » est une chanson parodique française bien connue datant de la seconde moitié du XVIIIème siècle. Elle évoque deux personnages historiques : le roi mérovingien Dagobert Ier (vers 600–639) et son principal conseiller, saint Éloi (vers 588–660), évêque de Noyon.

Avant d’entrer dans les ordres puis à la cour du roi, Eloi - ayant appris le métier d’orfèvre - s’était fait remarquer pour son habileté et avait été choisi pour fabriquer le trône royal incrusté d’or et de pierres précieuses du roi Clotaire. Avec le reste d’or qu’on lui avait confié, il fabriqua un second trône témoignant ainsi d’une très grande honnêteté.

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Il est choisi comme saint patron par les orfèvres, les métiers du fer et de l’acier, les maréchaux-ferrants, les mécaniciens de l’armée de l’air notamment, pour la maîtrise de son art et son honnêteté sans faille.                            

Ce samedi matin bien animé du 9 février 2019 donne l’impression que le saint patron des mécaniciens est devenu une source d’inspiration et de ferveur pour les Morses présents et actifs dans deux domaines où se mêlent le forgeage de l’acier et la compression de l’air sous haute pression.

Pour la partie « stockage d’air comprimé » .....

C’est la suite de l’opération commencée samedi dernier d’inspection visuelle des blocs bouteilles du club par des techniciens chevronnés fidèles au poste comme Jean-Michel, Lucien avec la participation appréciée de quelques « arpètes », parmi lesquels Didier et Pierre.

Le terme argotique arpète (ou arpette pour les jeunes couturières en apprentissage) est le surnom souvent donné à de jeunes apprentis, en particulier chez les mécaniciens. Cela sous-entend que leur travail est parfois approximatif et à améliorer...

Pour la partie « production d’air comprimé ».....

Sous la férule de Marc, maître compagnon de la compression callelongeaise, deux arpètes du samedi matin : Henri et Jean-Claude procèdent à la vidange des deux compresseurs suivie bien sûr d’un remplissage avec une huile lubrifiante appropriée après changement de filtre.

Soucieux de préserver l’état sanitaire des Morses durant leurs explorations sous-marines, nos industrieux opérateurs du local compresseur effectuent le nettoyage des équipements d’admission d’air et remplacent les filtres correspondants.

Pour la partie « saturation à l’azote des tissus » .....

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Trois autres Morses : Jean Pierre, Grand Philippe et Frédéric III (F. Bardonnet) sont eux partis pour une plongée avec le "Barracuda II".

Avant leur retour, Frédéric notre colonel leur installe le treuil électrique, pour faciliter la remontée de l’embarcation, et descend le tuyau d’eau douce du haut du glacis pour le rinçage de la remorque bleue et du semi-rigide.

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En final, la fête des crêpes .....

Suite à tout ce travail, un repas a pu être pris en commun sur notre terrasse, illustrant sans doute le dicton du jour : « À la Sainte-Apolline, bien souvent l'hiver nous quitte. »

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Dégustation générale de crêpes, soit apportées par Sandrine, soit faites sur place par notre maître queux (autrefois c’était un cuisinier sur un bateau) Jean-Michel.

Le premier samedi de février 2019 dans la calanque du Bout du monde est, comme partout ailleurs, le jour de la Chandeleur. Arrivé à Callelongue à 8H15, le président de MSLC croise « Jeannot », dynamique cabanonier demeurant au "siam fatigua" à l’entrée du hameau.

 Celui-ci l’informe qu’un orage de grêle vient de s’abattre sur la calanque et que la mer est démontée ; ce qui pourrait presque passer comme une bonne nouvelle car, comme l’indique le dicton du jour : « s'il pleut à la Chandeleur, les vaches donneront beaucoup de beurre ».

Au fait, c’est quoi la Chandeleur ?

La Chandeleur c’est une fête, ou plutôt, c’est la « fête des chandelles » (festa candelarum) : une fête d'origine païenne liée à la lumière.

C'est aussi la « fête des crêpes » dont la forme ronde rappelle le soleil. Elles annoncent ainsi un soleil plus présent - le solstice d’hiver (jour le plus court de l’année) étant passé - avec le rallongement des jours.

Manger des crêpes le jour de la chandeleur est une tradition remontant aux premiers siècles de notre ère : on se servait de la farine excédentaire du début d’année pour confectionner des crêpes, considérées alors comme un symbole de prospérité pour l’année à venir.

Selon une autre interprétation, la Chandeleur se serait substituée à une fête en l'honneur de Proserpine, déesse des moissons et de la fécondité. Cette fête se célébrait à la lumière des torches et autour d'une galette de céréales.

Dans les pays de tradition chrétienne (fête de la Présentation de Jésus au Temple, 40 jours après sa naissance), c’est aussi la fête de la Chandeleur :  au VIIe siècle, les fidèles se mettaient en route avant l'aurore, en portant des chandelles, d'où le nom de la fête. Ils allaient de cette manière symbolique à la rencontre de Dieu. D'aucuns pensent que cette fête chrétienne aurait pris la place des Lupercales romaines vers le Ve siècle ; les fêtes en l'honneur de Lupercus, ou Pan, dieu de la fécondité, donnaient lieu à une procession aux flambeaux aux alentours du 15 février.

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Le 2 février, c’est aussi la fête du hérisson ou de la marmotte ...

Pour les Romains de l'Antiquité, le hérisson était un animal d’une grande importance lors d’une coutume qui est encore familière aujourd’hui. En effet, le 2 février de chaque année, les anciens Romains tentaient de prévoir l’arrivée du printemps en observant le hérisson sortir de son terrier.

Si le hérisson voyait son ombre (et avait peur), cela signifiait que l’hiver allait durer encore six semaines. Dans le cas contraire, cela signalait une arrivée plus tardive du printemps. Aujourd’hui, cette coutume est célébrée avec le jour de la marmotte, mais c’est le hérisson qui en était à l’origine.

A l’heure actuelle en Amérique du nord, le 2 février « Ground Hog Day » est bien le jour de la Marmotte. À midi, ce jour-là, la marmotte sort de son terrier et inspecte les environs : si elle aperçoit son ombre et juge que le ciel est suffisamment ensoleillé, elle flâne et prend son temps avant de retourner se mettre à l'abri pour tout juste six semaines, autrement dit jusqu'à l'arrivée du printemps. Si elle trouve le ciel trop couvert et rentre rapidement à l'abri, c'est le signe d'une arrivée plus tardive du printemps.

Le 2 février chez les Morses, jour des « équipements sous pression » ...

Pour Jean-Claude et Frédéric, le 2 février est le jour des « équipements sous pression ». Une matinée qui débute par un examen, suivi d’un regonflage, du boudin pneumatique du Barracuda II ; ce dernier présentant un compartiment arrière droit anormalement dégonflé avec un bouchon de valve ôté. L’exercice suivant consiste à vider huit blocs de plongée du club afin que les Morses diplômés techniciens en inspection visuelle (TIV) puissent passer à l’action, conformément à la planification annoncée en assemblée générale.

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 Prenant à leur tour les choses en main, Jean Michel, Lucien, Pierre, Geneviève, Jean Pierre et Henri commencent l’inspection visuelle des bouteilles par un nettoyage suivi d’un examen attentif, puis procèdent à l’enregistrement des résultats sur le site web de la FFESSM (fédération française d'études et de sports sous-marins).

Un cycle de formation RIFAP (Réactions et Intervention Face à un Accident de Plongée) étant programmé les 9 et 23 mars 2019 dans nos locaux, Jean-Pierre en profite pour procéder à l’examen de la dernière acquisition du club : un étui de transport de couleur verte pour la bouteille d’oxygène du Barracuda.

C’est le moment choisi par Jean-Claude et Frédéric pour s’éclipser, durant une heure, et aller voir la grotte de Callelongue qui se trouve à la sortie Est de la calanque, sous le sémaphore.

En effet, cette grotte fait partie intégrante d’une des petites criques intimistes situées dans un décor de calcaire où se mêlent des paysages, parfois grandioses, avec des petites curiosités géologiques dont certaines sont de véritables trésors cachés.

 

Curiosités géologiques dont certaines sont de véritables trésors cachés.

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Il ne faut pas confondre la grotte de Callelongue - comme le fait Jeannot le cabanonier - avec la grotte bleue (face Est de la Calanque de Morgiou, à environ 300 m après les blocs tombés, en direction de Sugiton) qui est, après la grotte Cosquer, la plus grande des grottes semi-immergées située dans nos calanques.

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Après trois quarts d’heure de randonnée, nos naturalistes amateurs sont de retour, où ils participent aux remontage et gonflage des blocs.

Encore un samedi bien occupé !....

Le 26 janvier 1699, le prince Eugène de Savoie signe la paix avec les Turcs à Karlowitz, près de Belgrade. Il consacre le repli des Ottomans après deux siècles de domination sur l'Europe balkanique, la plaine du Danube et les rives de la mer Noire.

Le 26 janvier 2019, le président de MSLC Eugène Jean-Claude décide -accompagné de François et Frédéric - de partir sur les traces du 3° Groupe de tabors marocains qui - après avoir nettoyé le massif de la Gardiole, atteint la Pointe Rouge, le château du Roy d’Espagne, la Vieille Chapelle, Montredon - ont fini par réduire le Fort Napoléon au cap Croisette fin août 1944.

Les goumiers marocains étaient des soldats appartenant à des goums, unités d’infanterie légères de l'armée d'Afrique composées de troupes autochtones marocaines sous encadrement essentiellement français. Ces unités ont existé de 1908 à 1956.

Illustration par deux photos prises en 1944 durant la bataille de Marseille (goumiers au service d'une pièce de mortier de 81 mm et goumier avec son fusil Garand M 1 - premier fusil semi-automatique réglementaire de l'US Army).

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Pour nos Morses, c’est le départ à 9h45 d’une randonnée mémorielle qui commence par la table orientation pour ensuite continuer en direction des blockhaus du haut des Goudes à l’emplacement du Fort Napoléon.

La découverte d’un tag sur un rocher représentant une coccinelle apporte une note de gaité à ce décor de lendemain d’apocalypse composé des derniers témoins de la guerre 39-45 et de l’occupation allemande; ils constituent aujourd’hui une curiosité touristique passionnante, mais également un point de vue imprenable sur la rade de Marseille…

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Un peu d’histoire .....

Aux Archives, une carte de 1695 de la rade de Marseille fournit une liste des batteries où apparaît celle du Cap Croisette avec deux canons. En 1811, la batterie est en mauvais état et sa reconstruction avec six pièces d’artillerie est décrétée par Napoléon Ier. A l'Ouest elle croise le feu avec la batterie de Montredon pour interdire la calanque des Goudes et de Mongenet (ou de la Maronaise) aux pirates ennemis, à l'Est avec la batterie de la Mounine pour "empêcher le refuge ordinaire des corsaires ennemis à l'anse de Carrelongue à 800 mètres à l'est".

A partir de 1864, ce système défensif est revu sous Napoléon III: il se compose des sémaphores de la Ciotat et de Callelongue, puis après 1871 du Fortin des Goudes avec son mur à la Vauban sur la colline d'en face, et de la Batterie de l'Escalette.

En 1933, c’est la refonte totale de la batterie du cap Croisette qui est transformée par la Marine en Fort Napoléon. Dès son arrivée en zone Sud en novembre 1942, la Wehrmacht prend toutes les dispositions pour faire face à un éventuel débarquement allié sur les côtes méditerranéennes du sud de la France,

Dans un premier temps elle s’est contentée d’occuper les ouvrages militaires français existants. Après 1943, l’organisation TODT se met à l’ouvrage pour construire le mur de la Méditerranée. Ainsi l’on va voir apparaître un nombre impressionnant de bunkers bétonnés abritant des pièces d’artillerie de tous calibres et provenant d’origines différentes : le Fort Napoléon au cap Croisette est, par exemple, équipé de pièces russes de 122 m/m et de 76,2 m/m.

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L’anse de Mongenet (ou de la Maronaise ?) .....

La petite plage de la Maronaise située dans l’anse du même nom attend nos trois excursionnistes, juste avant le Cap Croisette, entre les Goudes et à deux pas de la Baie des Singes.

Les membrures d’une « mahonne », un chaland arrondi qui gît depuis plus de 50 ans sur les fonds marins, juste à l’entrée de l’anse, lui donne son nom.

Autrefois, l’Anse de la Maronaise ou de Mongenet était connue pour la présence de sa discothèque. Au début, c’était une petite cabane qui faisait buvette, ensuite elle est transformée en restaurant puis en discothèque « La Maro », aujourd’hui détruite suite à l’application de la loi littoral en 2010.

A noter que l’anse et La Maro apparaissent dans le film « le tueur » de Denys de la Patellière (1972) avec Jean Gabin.


Pour les amoureux de la nature comme Anne et Luc, il y pousse spécifiquement une bruyère à nombreuses fleurs ou bruyère multiflore (Erica Multiflora).

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La Baie des Singes et sa plage du « Bout du monde » .....                                                                                      

Après la descente sur l’anse de la Maronaise, direction la Baie des Singes où nos trois passionnés d’histoire longent le restaurant. Arrivés au petit port, ils constatent l’état de délabrement de la grande croix en béton, érigée en souvenir du naufrage du paquebot "Le Liban" en 1903 qui fit près d'une centaine de morts.

Avant la grande croix, il y avait des "croisettes" : des petites croix - souvent éphémères en raison du mauvais temps - qui, durant des siècles se succédèrent sur cette pointe rocheuse, afin d'honorer les victimes des naufrages qui y étaient fréquents du temps de la marine à voile.

Cette baie est surnommée « Baie des Singes » car c’était un haut lieu de la contrebande et l’on demandait aux enfants d’être muets comme des singes … Une autre origine proposée de ce surnom est une particularité rocheuse située sur la côte Nord-Est de l'Île Maïre, qui rappellerait un profil de singe, d’où le nom de la baie.

La plage de la Baie des Singes a également un surnom, donné par les Marseillais: la plage du Bout du monde. C’est une petite plage de sable protégée de la pleine mer par une digue.

L'île Maïre est séparée du Cap Croisette par un chenal d'environ 80 mètres de large nommée « Passage des Croisettes ».

Les ruines du cabanon des douanes sur l’île Maire interrogent sur le choix d'un tel emplacement, isolé du continent par le Passage des Croisettes, cabanon qui a servi de caserne durant le XIXème siècle.

L’île abrite toujours le poste de télémétrie (le télémètre est une sorte de longue vue) construit par la Marine nationale et situé à 140 m d’altitude. Nos trois Morses ont constaté qu’il ne reste plus grand-chose du téléphérique qui permettait de faire la liaison avec le continent.

Pour les passionnés, il y avait également sur l’île Maire un poste d’éclairage de la Marine équipé d’un projecteur capable d’éclairer sur une distance de 10 km.

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Sur le chemin du retour .....

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Sur le retour, récupération d’un pare-battage blanc en très bon état qui se trouvait à coté d’une bouée jaune de balisage des 300 mètres, amenés là sur la côte suite à une « fortune de mer » peut-être.

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Durant le trajet, la curiosité l’emporte et une visite de la chapelle Saint Lucien des Goudes permet d’y découvrir une crèche originale : l’enfant Jésus est installé dans une barque de pêcheur faisant office de berceau, barque baptisée Saint Lucien !....

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Pour l’histoire, c’est un certain Lucien Estrine qui, s'émouvant du manque de lieu de culte aux Goudes, demanda par testament à ses quatre filles de faire construire une chapelle, sur un terrain à acheter. Le vœu fut réalisé et le 13 septembre 1932 l'évêque inaugura la chapelle actuelle, qui prit le nom du saint patron de son initiateur.

De retour à notre base, nos trois historiens en herbe ont le plaisir de retrouver Marc, en permission médicale suite à son opération du cœur, et en réadaptation à l’hôpital privé La Casamance d’Aubagne pour récupérer ses capacités fonctionnelles et .... sa qualité de vie de Morse de Callelongue.

Texte: Frédéric ALLAIN & Jean Claude EUGENE

Images: Jean Claude EUGENE, François SCORSONELLI et Archives.

 

Mon troisième nouvel an en Calédonie, le temps passe si vite. Encore un et ce sera presque la fin de mon passage sur le caillou. Mais il est bien trop tôt pour laisser place à la nostalgie, il faut profiter au maximum de chaque instant: voilà une excellente résolution pour la nouvelle année 2019 ! Pas toujours facile à tenir, car mon directeur est en congés de fin d’année, et comme toujours l’adjoint reste cloué sur place afin d’assurer l’intérim. C’est la règle du jeu, même si elle est parfois très contraignante.

Heureusement, je peux compter sur l’aide de Thierry et Stéphanie, toujours ultradynamique et jamais à court de bonnes idées. Ils ont justement loué une méga-villa et réussi à mobiliser une petite troupe de plongeurs confirmés et motivés pour des sorties en mer et fêter la nouvelle année. Que d’énergie et de savoir-faire! La camionnette chargée de soixante blocs, le pick-up attelé à notre increvable semi-rigide jaune canari, le signal du départ vers Port Ouenghi est lancé. En route pour un nouveau safari.

L’organisation militaire a parfois du mauvais, quand on arrive avec 5 minutes de retard, voir même à l’heure et que le bateau n’est plus à quai. Mais aussi, et il faut le reconnaître, de très bons côtés. Si j’étais un peu dubitatif au départ, il est certain que c’est grâce au CSANC et à sa section plongée que j’ai pu remplir mon carnet avec des immersions allant de Beautemps-Beaupré à la passe de la Sarcelle en passant par les Pléiades ou les falaises de Jonkin à Lifou sur la côte Est, et de la passe de Ploum à celles encadrant le récif Lé dans la corne Sud sur la côte Ouest.

Si je doute d’arriver à mon objectif (explorer toutes les passes des 2000 kilomètres de récifs avant mon départ, rien que cela), je n’aurais jamais imaginé avoir déjà coché autant de cases. Le mérite en revient à tous ces militaires prêts à aider et à son retraité de chef commando, il est vrai bien secondé. Au final, voilà une association qui déborde d’énergie et d’initiative pour le plus grand plaisir de générations de marins, maître popote, femmes de pilote, infirmiers, pachas, épouse de command de base, bataillons de légionnaires, leurs enfants et même ceux des militaires néo-zélandais en échange linguistique. Ils ont bien de la chance les militaires. Et moi aussi, puisqu’ils acceptent les extérieurs, même ceux qui n’ont pas fait leur service. Merci le CSANC!   

Notre villa à Port Ouenghi est idéalement placée, sur une colline surplombant une plage encore très sauvage avec une vue magnifique sur la baie de Saint Vincent. La passe marquant la sortie de la baie est pile en face. C’est aussi le lieu idéal pour apprécier le couché du soleil. Avec environ 4000 m2 de terrain, les campeurs trouveront tous aisément un coin d’ombre pour planter leur tente. Et les autres pourront se mettre à leur aise dans les divers bungalows entourant une petite piscine fort agréable pour se dessaler au retour de la plongée, ou pour passer les heures chaudes de l’été. Une grande cuisine américaine et une large table de bois massif permettront d’accueillir avec confort toute notre équipe pour les festivités qui s’annoncent.  

Un seul bémol qu’on ne pourrait reprocher à notre binôme de choc : le vent. Dès 10h00 du matin, le ventilateur monte en puissance pour atteindre les 30 nœuds avec des rafales à 40 nœuds! Thierry a beau anticiper l’heure du départ, cela promet d’être sportif au retour. Enfin, nous sommes pour l’instant bien protégés par le récif de la corne de Ténia. Et, chance, un gros nuage de pluie semble tenir à distance l’alizé pour le moment. Une tortue grosse tête pointe sa tête hors de l’eau pour nous observer, c’est bon signe. Même pas dix heures et c’est la seconde plongée de la journée. Thierry lâche les petits niveaux avec Stéphanie sur le récif. Il ne reste plus que Marc et Thierry Mares plus Laurent et moi pour refaire ce que nous appelons la corne par commodité.

Cela n’a rien d’une corne. Il s’agit d’une longue arête de deux cents mètres environ, parallèle au récif barrière, à environ cent mètres au large, et qui culmine à -12 mètres. Quand je suis arrivé il y a deux ans, l’usage était de partir du récif barrière et de nager vers le large pour rejoindre l’arête. Un peu angoissant, car la visibilité ne permet pas de discerner l’arrivée. Il fallait prendre un cap au compas et s’y tenir. Après plusieurs minutes de nage palmée parfois dans le courant, l’ombre de l’arête finissait par apparaître. Expiration, on pouvait enfin se rassurer et avec soulagement corriger son cap. L’inconvénient est qu’une fois arrivé, la bouteille était déjà bien entamée, tout comme le capital temps de plongée hors palier. Et cela, juste au moment où le paysage s’anime: tombants qui se perdent dans les profondeurs, gorgones géantes accrochées à la paroi, banc de carangues gros yeux, banc de requins gris et très souvent quelques albimargintus plein de curiosité pour les plongeurs (relire 2017 octobre albimarginatus).

Avec le temps et en profitant des journées de pétole, nous avons réussi à marquer les point remarquables: le mamelon à – 34 mètres à l’ouest et le sommet de l’arête à – 12 mètres. La descente dans le bleu sur le mamelon est un régal. Mais en seconde plongée, c’est un peu osé. Aussi Marc et Thierry Mares choisissent le sommet de l’arête. Thierry les dépose en premier.

Pour ma part, je ne résiste pas à une nouvelle descente dans le bleu et j’entraîne Laurent avec moi. Comme toujours, nos esprits hésitent entre appréhension à l’idée de plonger sans voir le fond et exaltation dans l’espérance de faire une rencontre extraordinaire. A certains endroits du récif, tout est possible. La corne de Ténia est de ceux-là.  Et hier, comme à la plongée de ce matin, nous avons déjà vu un marteau isolé. On dirait que c’est la saison. En plus le vent semble avoir refroidi l’eau de plusieurs degré : à peine 23° contre 26° la semaine précédente. Je suis convaincu qu’ils remontent avec ces eaux plus fraîches.

Un, deux, trois, sans même prendre le temps de nous retrouver en surface, nous fonçons la tête en bas à grand coup de palme. On ne sait jamais, avec le courant, il ne faut pas traîner si on ne veut pas rater le mamelon. D’un coup d’œil rapide, je vérifie entre mes jambes que Laurent suit et m’enfonce sans ralentir jusqu’à voir le fond. Voilà le gouffre sombre qui délimite le platier sur lequel repose le mamelon, il est temps de se redresser pour s’orienter et faire un scan de l’horizon à la recherche de ... 

Le nuage de carangue gros yeux est toujours là. En sustentation à dix mètres au dessus du sol, il est aussi volumineux qu’une montgolfière. Une raie mobula nage à grande vitesse le long du tombant. Petite déception, pas d’albi, ni de gris … C’est étrange. A ces profondeurs, le décompte des ordinateurs est rapide, surtout à la seconde plongée. A regret, le moment vient d’entamer la progression à contre courant vers l’arête. Il faut se faire une raison. Nous avons joué et il semble bien que nous ayons perdu pour cette fois.

Nous voilà enfin à l’abri du courant sur le tombant de l’arête. C’est très poissonneux et vertical. Je continue à scanner  l’eau sombre dessous, à droite, à gauche. Rien, c’est désespérant. Un regard vers le haut et … Tout en même temps, c’est le shoot d’adrénaline et l’escadre de requins marteaux. Leur silhouette en contre jour se détache parfaitement. J’en compte rapidement une dizaine. Quel spectacle époustouflant. Ils sont malheureusement rapides. Je me colle à la paroi pour me faire discret et remonte rapidement car ils sont en train de passer l’arête. Le temps d’arriver à la crête et déjà ils disparaissent dans l’océan. Mon cœur se calme, reste un mélange de jubilation et de frustration. Il faut se raisonner pour se laisser submerger par  l’euphorie. Ils ne sont pas nombreux les plongeurs qui ont eu cette chance en Calédonie. C’est même la seconde fois que je vois un banc de marteaux en Calédonie (relire 2017 Mars complètement marteau).   

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Le maitre principal Laurent dégaine sa Gopro. Le grand angle ajoute à la distance mais permet d’arroser large…

Nous poursuivons la plongée en direction du sommet de l’arête. J’espère que Marc et Thierry ont eu la chance de les apercevoir également. Nous ne tardons pas à voir leurs bulles et je suis vite rassuré: les voilà cognant à tout va leur points fermés de chaque côté de la tête. Nous faisons de même. Personne ne prend de photo cette fois. Dommage, car nous devions être comiques dans notre danse du marteau! Mais, Laurent et Thierry ont chacun tiré quelques images de l’escadre, après tout c’est l’essentiel. Pour que l’on nous croit, pour le partage et pour pouvoir faire durer ces secondes magiques. Moi, je suis sans arme … alors remerciez les pour leurs photos.

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Pendant que le premier maitre  Thierry mitraille de son côté

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… une dernière rafale dans le dos

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